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Le silence, un parti pris - le 20.12. 2007

 

                                 
              ( I )                                                                                             

De plus en plus greffé à son ordinateur,  ou vice- versa,  Mon Ami arrivait le soir, à peine posée sa veste que l'appareil était déjà ouvert sur ses genoux, passant ainsi un long moment avant le dîner, à regarder son site et ceux  des autres. J'ai senti qu'il y avait bien plus que le fait qu' il récoltait de plus en plus de commentaires sur ses photos, mais plutôt que lesdits commentaires émanaient de quelqu'un en particulier et spécialement. Il m'a, un jour, parlé d'elle. Il m'a dit qu'il avait une fan en Autriche, qui lui écrivait des choses très poétiques à propos de ses photos, et que cela le flattait beaucoup. Il ne faut pas perdre de vue l'ego hypertrophié de Mo -Ex doublé d'un besoin ancestral de reconnaissance. Il n'est jamais satisfait, il lui faut toujours d'avantage. J' ai compris que cette femme lui écrivait souvent et qu'ils échangeaient en ligne le soir. Cela se passait très probablement devant moi. Je me souviens des fois où il était comme qu'hypnotisé devant son écran, les yeux brillants, un sourire difficilement contenu aux lèvres, une sorte de rictus qu'il avait bien du mal à dissimuler.

           A  cette époque, j'étais en fin de chimio, grosse et chauve, avec un traitement pour devenir ménopausée qui fout en l'air la libido et la bonne humeur. Mais pas pour autant aveugle! Et rien de tout cela ne m'empêchait de voir que quelque chose pourrissait gentiment dans le royaume du Danemark.                                                                     Je me suis dit: "il faut tenir coûte que coûte jusqu'au 21 décembre", jour de la dernière cure, pour ne pas tomber dans le piège de voir son site Internet et craquer ensuite. Mais cela, aussi, pour me protéger du pire.                  J'aime beaucoup ses photos, je les connais très bien, j'avais vu plusieurs fois sa galerie sur Internet, avec lui, quand il voulait me montrer quelque chose. Mais je ne me suis jamais attardée sur son forum, je ne sais pas si j'ai eu, un jour,  l'occasion de le regarder vraiment, tant cela, à mon sens, était de son domaine privé. Même s'il le transformait de plus en plus en domaine de chasse. Pour moi ce qu'il se disait sur cet espace d'échange concernait mon ami.

         En aucun cas mon attitude fut celle de quelqu'un d'indifférent à son "succès", mais plutôt celle de quelqu'un qui l'aimait et qui lui faisait pleinement confiance. J'étais contente de savoir qu'il avait des commentaires élogieux, et qu'il devenait de plus en plus connu, cela pour moi ne pouvant pas cacher d'autres intérêts ni d'autres interactions avec le plan sentimental. Je ne pouvais pas imaginer que s'il allait souvent la dessus c'était aussi parce qu'il voulait faire des rencontres,autres que celles purement "artistiques", n'excluent surtout pas une rencontre amoureuse.                                                                                                          

 

         Je suis artiste moi aussi, j'ai derrière moi un background d'expos plus grand que celui de Mon Ex,  je sais combien il est agréable d'être appréciée pour la qualité de son travail, mais ce que j'ignorai au sujet de ce brave homme, c'est qu'il se servait de la photo pour séduire et pour se faire remarquer dans la" foule". Son travail artistique n'étant pas visiblement animé d'une réflexion sur la photographie ou sur l'art en général, devenait l'instrument à travers lequel il pouvait plaire, sachant qu'il ne s'autorise à exposer que ce dont il est sûr du succès immédiat. Jamais de prise de risque qui pourraient se prêter à la polemique, il ira jusqu'à enlever des images s'il pense que c'est plus sur pour garder son statut, tout est dans le politiquement esthétique, pour ne pas générer de discorde. Ce qu'il fait est sûrement joli à regarder, fait consensus, mais va rarement au delà. Heureusement pour lui qu'il a un certain talent, cela compense son amateurisme.                                                                                                  
         Quant à moi,  mon seul deal c'était d'arriver en bon état psychologique à la fin de mon traitement, pour boucler la boucle chimio, car la radio continuerait encore durant le mois de janvier. Je me suis fixée comme date butoir pour aller  toute seule, visiter sa galerie, le 20 décembre, veille de la cure. Je voulais savoir à quoi  ressemblait celle qui détournait mon homme de mon chemin, à distance et avec persévérance.

                                                                  20. 12. 2007

       J' étais piètre navigatrice Internet, ce qui ne veut pas dire que je me sois beaucoup perfectionnée depuis, mais ça va mieux,  merci !  Je me souviendrai toujours de la matinée où, quand j'ai tapé le nom de Mon Ex.com,  je suis tombée sur ses photos, puis ensuite sur ses conversations lyriques et poétiques avec l'allumeuse de service. Elle connaissait un rayon en allumage, et savait bien s'y prendre pour attirer l'attention sur son immense capacité à aimer les photos de ce ringard !

       Mon coeur s'est mit à battre très fort,  j'ai eu une sorte de vertige, qui m' a brouillé la vue. Mes mains tremblaient sur le clavier et je n'arrivais pas à faire bouger la souris.

       Je me suis dit qu'il était en train de tomber amoureux de cette femme, je lui reconnaissais parfaitement les signes. Au soir de ce même jour, je suis retournée voir ce qu'ils se disaient en chat  et j'arrive au moment d' une superbe histoire des Mille et Une Nuits , qu'il racontait à sa nouvelle conquête, inspiré par l'une de ses photos à elle, prise à Malte.  A la fin il lui souhaite "bonne nuit!"

 

       Ce soir là je dormais seule, chez moi, sans avoir droit à quelque histoire que se soit, sans le moindre " bonne     nuit".                                                                                                                                                

       Je me suis couchée tard, je n'arrivais pas à trouver le sommeil, ce fut par épuisement nerveux que je me suis assoupie. Il me le fallait bien, car le lendemain je devais être à St. Louis, à  9h, pour ma dernière cure.

       J'étais perplexe, anéantie, puis, me suis laissée envahir par une profonde tristesse qui occupait toute la place de l'amour en moi. Et j'ai baissé les bras.

 

       ( II )

 

                                    Mais qui es - tu , à la fin?                                 

 

       Étrangement, après avoir consulté le site de partage de photos je n'ai pas eu envie de réagir, ni d'en parler à mon ami. J'ai vu comment il se laissait complètement prendre dans le jeu de séduction qu'ils avaient tous les deux engendré, et comment il en devenait accro. Dès qu'il arrivait à la maison le soir il avait son portable collé aux genoux, sous prétexte qu'au bureau  tout allait tellement vite qu'il n'avait pas le temps pour consulter ses mails. Et alors qu'un signal d'arrivée de courrier apparaissait sur son l'écran il se jetait dessus, complètement absorbé par la chose.             

 

      Il regardait beaucoup les galeries des autres photographes,  pour ensuite se livrer aux écritures de commentaires qui pouvaient prendre facilement la soirée. Cela me dérangeait et j'en parlais souvent, mais avec sa mauvaise fois légendaire il rétorquait, se servant du fait qu' Internet ne me plaisant pas je passais sûrement à côté de quelque chose. Eh oui!

 

       Moi, je commençais à peine à comprendre comment tout cela marchait, j'ai eu besoin d'une bonne après midi pour pouvoir y naviguer plus à l'aise, et me débrouiller toute seule avec les questions et les réponses, sans savoir souvent comment me sortir des complications, et sans ne rien dire à personne.

 

       J'ai compris qu'il était aussi intéressant de voir leurs conversations avec d'autres, car celles-là recélaient des petits trésors de confidences et de complicité. C'est  ainsi que j'ai pu connaître un "autre homme", diffèrent du mien, qui ne disait pas les mêmes choses à ses correspondants de forum qu'à moi. Et croyez- moi, par fois cela relevait du grand - écart.

 

        Par exemple? je savais bien qu'il avait du mal à saisir l'intérêt que l'on peut porter aux photos floues. Je me souviens d'une fois où nous sommes allés à la Fnac pour une expo d'un concours de photo, dont le gagnant exposait une photo floue, qui pour nous, n'avait  ni queue ni tête. Mon Ex avait trouvé cela nul, sans recherche  technique, ni artistique. Ses réflexions, en rien élogieuses, ont laissé paraître que ce genre ne lui plaisait pas.  Eh bien! à peine quelques mois plus tard, je lis ses commentaires dithyrambiques sur des photos floues, mais, attention !  elles avaient été au préalable vues et commentées par "belle plante", à qui  le genre avait l'air de plaire beaucoup. Donc, comme il faut séduire à tout prix, et que tout argument peut cacher une intention, il s'est vite mis à aimer cela aussi.                                                                                                                                                                                     

        Par ailleurs, il ne comprenait pas non plus l'engouement pour les photos abstraites, lui le photographe humaniste qui cherche la complicité de son sujet ! Cet homme, passe à commenter les photos floues et abstraites déversant des tonnes de compliments aux photographes. Et comme, de plus en plus il commentait les mêmes choses que Sa Mignonne... il va de soi qu'ils se sont vite trouvé un grand terrain d'entente, des goûts partagés, qu'elle a l'air de bien apprécier et de  vouloir mieux "exploiter". Ils s'invitent mutuellement pour venir au Maroc et à Vienne.                 .                                       

 

        Cela me deroutait, car je ne comprenais pas l'écart entre une opinion donnée en toute sincérité, du moins je le croyais, et une autre, un peu fabriquée pour l' occasion, où il fallait dire son contraire dans le but d'être en phase avec un interlocuteur. Je suis peut être  rigide, mais une chose est certaine, je suis authentique dans mes prises de position et dans mes d'opinions, soient- elles artistiques ou politiques. Bien évidement, je m'accorde le droit de changer d'avis quand l'on me prouve que je me trompe ou quand, par moi même, je me rends compte de cela. Le retournement de veste n'étant pas mon sport favori, je ne me sens pas girouette pour des cacahuètes. Croyez- moi, quitte à faire psychorigide, mes points de vue je les maintiens, aussi souvent que je le peux, et je les defends. J'ai une personnalité plutôt affirmée, il est plus probable que dans mes idées, d'autres me suivent, que l'inverse.                                                                                             

         J'ai  trouvé dans tout cela matière à m'inquiéter pour la suite de notre relation, j'avais compris que s'il cherchait à avoir, avec son Autrichienne,  les mêmes opinions sur les mêmes choses c'était pour créer l'opportunité de chatter avec elle, donnant ainsi  lieu aux échanges, où ils se racontaient l'un à l'autre avec des petites phrases pleines de malices et de bonne humeur. Justement, la bonne humeur à laquelle je n'avais plus droit depuis un bon moment. 

 

         Les opinions, que j'appellerai  "versatiles", de  l'homme que je fréquentais depuis huit ans et que je pensais bien connaître, sont  innombrables, et dans des domaines variés. Mais après tout, l'opportuniste qu'il est peut aussi se dire que seul les idiots ne changent pas d'avis ! Comme de chemise, je rajouterais.                                           Aujourd'hui je vois mieux la nature du jeu auquel il s'est livré avec cette file. Il lui fallait faire vivre un avatar, car sa propre existence lui paraissait sombre. Vieillissant, il avait besoin de mesurer son pouvoir de séduction à distance, et si ça marche, à proximité aussi...se prouver que tout est encore en état de fonctionner et surtout, qu'il plaît, toujours !! Mais alors,  pour quoi me disait- il, avec ardeur, qu'il m'aimait? Que j'étais la femme de sa vie, sa " boussole" et bla et bla et bla...

 

           J'ai vécu dans le silence ( un parti pris ) de tout cela durant six longs mois, après notre séparation définitive en début mars. Pendant ce temps, j'ai vu régulièrement leurs photos respectives sur leurs sites, j'ai accompagné leurs voyages, en France et à l'étranger, sans bien intégrer ce qu'il m'arrivait. Je l'ai eu au téléphone à plusieurs reprises, nous avons parlé de choses et d'autres, je lui ai demandé s'il avait quelqu'un, nous nous sommes vus, et même avons dîner ensemble, plus d'une fois. Il m'a toujours nié la moindre relation ou sinon, il prétendait que ce sujet là ne devrait pas être abordé entre nous:

-  Je ne te demande pas si tu as un mec, alors...                                                                                                           Une sortie cynique, qu'il balançait sans encombre. J'aurais préféré qu'il m'en parle ouvertement et sincèrement, j'aurais pu comprendre la fin d'un amour, j'ai aussi arrêté un jour d'aimer un homme, mais cette façon de faire, pour moi, était inédite et si peu adulte!                                                                                                                                                                                                                       

             Il m'a prise tout simplement pour une idiote durant toutes ces années, une incapable de quoi que ce soit sur un ordinateur, sans commune mesure avec sa photographe chérie, elle y est super- performante, au point d'en faire un métier. Je me sentais la nulle de service, il pouvait continuer à faire ce qu'il voulait tout en me mentant  honteusement, cela m'était égal. Je l'ai laissé s'enfoncer dans sa marre, de toute façon le mensonge chez lui est comme une seconde peau, ça aussi je l'ai appris.                                                                                                                   

             L' été arrive, et avec lui s'en vont les souvenirs de mes dernières années en bonne santé consacrées à vivre un amour déchirant et puissant, qui occupa une place immense dans ma vie et qui désormais partait loin de moi à une vitesse extraordinaire.                                                                                                                                                                 

              J'ai pleuré toutes mes larmes et un jour je me suis réveillée comme "une autre"... une envie de rendre le coup avec la même bassesse.

                                                               FIN  DE LA PREMIERE PARTIE

 

                                                                                   ♥

 

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