Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Le raz de marée

 

 

 

               Il y a des années sans et il y a des années avec. L'année 2007 a été pour moi, terriblement difficile, l' annus horibilis  dont je ne veux plus me souvenir tant elle a concentré le malheur et la tristesse. A un moment,  j'ai pensé que tout était perdu et que j'allais y passer comme d'autres femmes y ont laissée leur peau ; ma soeur,  elle même, un monument de force et de courage, a baissé les bras en octobre et nous a quitté emportée par le cancer. De mon côté , quand j'ai cru comprendre que j'allais moi aussi avoir affaire à cette saloperie, je me suis dit que quoi qu'il arriverait j'allais me battre, sans relâche, car je me sentais suffisamment solide pour faire face et sortir victorieuse de cette malheureuse étape de ma vie. Même si, à ce moment là, j'ai eu aussi, envie de tout lâcher, presque avec la même niac.
               Cet  étrange  paradoxe,  je l'ai vécu  parfois dans une même journée, ce qui ne rendait pas la journée en question plus facile à passer, bien au contraire. Maintes fois il a fallu que je me raccroche à la vie qui était en moi, et qui semblait vouloir me quitter tant  mon corps était malmené et  souffrait le martyre. J'ai fais plusieurs fois le bilan de mon existence et me suis dit qu'après tout j'avais eu une vie mouvementée, pas conformiste pour un sous. J'avais réussi à tenir l'engagement  fait à mon père, quand j'avais 16 ans. Il voulait que ses filles soient instruites et indépendantes, en mesure d'être maîtresses de leurs désirs et de leurs destins. Ce que je fus au long de mes années, et dans la mesure de mon possible, car là,  la maladie prenais le dessus et  me prouvais que mon destin allait encore changer,  sans que je ne puisse, ou presque pas, le maîtriser.

 

                                                                                 ♥


           

                  Je me souviens de la consultation d' après la mammographie de contrôle. L'échographe avait trouvé que les images étaient louches. Compte tenu de l'historique familial il me conseillait de voir mon médecin traitant au plus vite. J'ai donc filé chez lui, afin d'avoir des précisions, sans mesurer tout à fait ce que cet examen venait d'introduire comme doute dans ma vie. Sans me rendre compte, non plus, que  rien ne serait  plus comme avant,  " à partir de désormais "(1).  C'est mon généraliste qui brosse le portrait de ma situation, et m'explique ce que sont les tâches dans le quadrant inférieur droit de mon sein droit, et que pour être rassurée,  il allait falloir faire une micro-biopsie, à Saint Louis. 
 

                   J'ai obtenu un rendez-vous assez rapidement, par miracle et par l'insistance de mon médecin, sur le caractère urgent du prélèvement. Le cancer du sein a  fait des ravages dans ma famille, mes antécédents étant plutôt alarmants  font que je suis suivie en tant que patiente à risque.

 

                    Lors de ma première consultation au service  d'oncologie où l'on ma expliqué de quoi la biopsie retourne, et que sans elle aucun diagnostique ne peut être envisagé, le médecin enchaîne sur les modes des traitements existants et tous ce "qu'il faudrait entreprendre, pour être sûre pour les années à venir" (dixit). Elle me parle donc de chimio, de radiothérapie et d'autres choses en rapport à ces traitements. Dans ma tête, seulement le résultat de la micro-biopsie donnerait matière à cette conversation qui me semblait  disloquée et un peu prématurée. Je suis, donc,  rentrée chez moi, quasiment au pilote automatique, en me disant que je n'avais pas vécu cette journée, que c'était un mauvais rêve dont j'allais bientôt émerger. Que nenni. Le jour de la biopsie arrive.

 

 

 

 

 (1) cette formule a été inventée par un jeune-homme psychotique avec lequel j'ai travaillé. Il avait le goût pour les phrases bien tournées, auxquelles il adjoignait toujours des adjectifs. La perle de tout ce que j'ai pu entendre venant de lui fut ceci, à propos d'une condamnation dont il avait écopé. En réponse à ma question: pourquoi avez-vous été condamné?  -Ah madame, c'est simple, pour emmerdemment à autrui !


 

 

                                     carcinome lobulaire infiltrant, le raz de marée  

 

 


                                    Sale expérience qu'est cet examen. Non seulement parce qu'il peut aussi vous annoncer le pire mais par la manipulation elle même. Après l'anesthésie locale le médecin m'a demandé si je voulais voir l'intervention sur l'écran ou si je préférais tourner la tête vers le mur. J'ai répondu que je ne voulais rien voir, que j'avais très peur et que moins il narrerait son action, mieux il serait pour moi. Il a ri et m'a assuré que ce serait vite fait.
              

                                    Il commence à planter l'aiguille,  je sens que ça bouge dans mon sein et mon coeur s'emballe, " c'est normal, nous sommes près du vago-sympatique, le coeur réagit". Il  me tranquillise et profite pour me dire quelle est la suite. La tumeur est cachée et pas facile à prélever correctement, cela risque d'être plus long que prévu. Il me donne un peu d'anesthésie en plus et c'est parti pour la deuxième mi-temps. Une nouvelle aiguille, plus grosse que l'autre va prélever un échantillon plus grand,  celle là, elle a la particularité de faire du bruit! En fait, une fois sur la tumeur elle la pince, et l'on entend un bruit de ressort, comme un stylo, mais en plus métallisé.Ce  grincement m'est resté en mémoire, je pense que si je l'entends aujourd'hui, je le reconnaîtrai facilement. Parfois il est dans ma tête et  je me jure, plus jamais ça.
                

                                   Le médecin m'explique qu'il va me falloir attendre trois semaines pour avoir les résultats de l'anathopathologie pour enfin savoir si c'est tout bon ou tout mauvais.
               

                                    Une fois assise sur la chaise du cabinet après examen, j'ai eu un malaise qui m'a obligée à rester allongée dans la salle d'attente une demi heure de plus. C'est à ce moment que j'ai trouvé que ma vie était nulle, malgré les bilans positifs que j'avais pu dresser, les hommes avec qui j'avais vécu n'ont pas été à la hauteur, j'avais fait des choix cons, avec des mecs cons. Je me trouvais là toute seule alors qu'un homme était dans ma vie depuis huit ans, qu'il n'a même pas pu dégager quelques heures de son boulot à la con, comme il dit, pour venir m'accompagner. Il prenait tout ça de très haut avec un optimisme parfois irritant, tellement il avait besoin de dire "ce n'est rien, tu verras, ce  n'est  rien".                                                                     
                                                                                                                                                                                                       Quand j'ai pu me lever, l'infirmière est venue à ma rencontre en lançant un regard aux alentours, l'air de se demander qui venait me chercher. Personne, je lui dis, je suis toute seule. Elle a trouvé ça étrange et m'a demandé de ne pas quitter l'hôpital sans être sûre de pouvoir reprendre mon chemin en disant:        - Allez boire un café, d'abord, ça vous aidera à vous sentir mieux. Un conseil d'amie, sortez quand vos jambes  vous l'autoriseront.                                                                                                                                                                           Je suis rentrée en métro, j'ai choisi le transport en commun comme une sorte de SAS, par ce que j'avais grandement besoin de réfléchir ( je le fais très bien dans le métro ), de me dire que la route serait longue et que les chances de la parcourir seule, loin de ma famille, étaient les plus probables. Et qu'il allait falloir me faire greffer une bonne paire des couilles !                                                                                               

 

                                                            ♥                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              Le 16 juin,  j'ai revu  mon médecin qui avait dans les mains le résultat de la biopsie. Elle me regarde  droit dans les yeux et me dit sans plus attendre :
- Oui, nous avons bien un carcinome lobulaire infiltrant, un cancer quoi. Mais, je pense que vous vous attendiez à quelque chose comme ça, non?
    

                                   Non, je suis comme n'importe qui, même s'il y a l'épée de Damoclès du cancer en permanence sur la tête des femmes de ma famille, je me suis crue intouchable. Et j'avais vécu ma vie en pensant  de cette façon là.  En plus j'étais suivie comme patiente à risque, je ne pouvais pas imaginer qu'une  tumeur se développerait dans le court espace d'une mammographie à l'autre.                                                                                                                                                                                                                                            

                                   Le siège sur lequel je me trouvais assise, m'a paru soudainement trop petit, je ne savais pas comment me tenir face à cette femme, qui semblait avoir mon âge et qui est, elle, en bonne santé. J'ai haïs ma mère, parce que c'est la branche cancer, en même temps que je me suis laissée tomber les épaules, mais bizarrement, je n'ai pas versé de larmes. Je l'ai regardée à nouveau, droit dans les yeux, et lui ai dit                  - - Merde, alors!

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article