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Cette histoire est très librement inspirée du livre "Un merveilleux malheur" de Boris Cirulnick. Elle est, pour moi, une tentative d'approche de la résilience, à travers la fiction.Une prouesse à laquelle, pendant les mois d'écriture de Vengencebrune, je me suis plutôt refusée, et qui finalement a trouvé, en Pattecassée, un écho favorable. Je ferais le lien entre cette histoire et l'article Résilience? - unfortunately not ! , car mes positions diffèrent, dans ces deux propos, mais restent complémentaires.
Pattecasée est aussi un personnage qui a peuplé ma petite enfance, car elle a été inventée quand j'avais trois ou quatre ans.
Chez moi, c'était mon père qui racontait des histoires, plus incroyables les unes que les autres. Il nous bordait, quand il était là, car il voyageait bcp. J'attendais avec impatience le moment du coucher pour savoir comment l'histoire de la veille au soir allait se terminer. J'adorai celles avec la fourmis, courageuse, qui traversait l'hiver avec son fardeau.
Mon père ne donnait pas de noms à ses personnages, il les appelaient juste fourmi, chien ou chat, selon ce qu'il nous raconterait. C'est moi, qui ai voulu lui donner un nom, quand elle est à nouveau rentrée dans ma vie, le 6.09.2008, après une dispute avec Mon Ex. Ce jour là j'ai compris qu'il n'y avait plus la moindre possibilité de recoller quoi que se soit entre nous, et que nos chemins se sépareraient définitivement et pour toujours.
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pour la petite Anais-Livia,
la petite Sarah (Petit) et la petite
Débora. En souvenir de mon père et de ma soeur,
tous deux partis, rejoindre les étoiles
Pattecassée ou un ´Merveilleux Accident´
Durant une froide matinée d'hiver, alors que toutes les fourmis de la fourmilière s'agitaient en transportant leurs réserves alimentaires,, une petite fourmi très travailleuse fut victime d'un grave accident. La charge qu'elle transportait, tant bien que mal, lui est tombée dessus, manquant de justesse de lui arracher une patte.
Coincée sous le poids de la feuille, sans pouvoir se relever, elle cria désespérément à l'aide.
Son compagnon, souvent à ses côtés durant leurs longues journées de labeur, la voit effondrée, l'interpelle de là ou il était:
-Je suis trop loin pour te venir en aide, tu ne pourrais pas faire plus d´attention ??!!! Dit-il tout affolé, mais sans faire le moindre mouvement en direction de la petite fourmi.
-Aide-moi, je ne peux pas me relever avec tout ce poids sur moi, je crois que j'ai une patte cassée. Lui dit-elle en larmes.
- tu vas te trouver rapidement avec une patte en moins, et je ne pourrais rien pour toi. Déclare-t-il en s'approchant de la fourmi, la regardent avec mépris.
-Tu es trop maladroite, je me demande bien comment tu pourras finir ton travail avec une patte cassée! Ne compte pas sur moi pour transporter ton fardeau, j'ai déjà le mien et cela me suffit largement. Il faudra que tu te débrouille seule à partir de maintenant.
La petite fourmi, réussit avec beaucoup d'efforts à se dégager du poids de la feuille, et en se traînant avec difficulté va se mettre sur le bord de la route. Laissant le passage aux autres fourmis, qui ne se sont pas arrêtées de travailler, pour autant.
Elle était doublement blessée: par cet affreux accident et par l'attitude détachée et cruelle que prenait son compagnon vis à vis d'elle. Elle comptait sur lui et son aide pour pouvoir marcher quelques pas afin d'aller se faire soigner, mais au lieu de ça il est parti rapidement, allant rejoindre une autre jeune fourmi. Ils avançaient vite, sans se retourner et sans s'inquiéter pour la blessée.
Pourtant, ils ont été de bons compagnons durant des longs hivers rigoureux, elle, à plusieurs reprises, l'a aidé à porter ses charges, car dans la fourmilière, même si c'était chacun pour soi, entre eux deux il y avait de la solidarité, de l'amitié véritable. Du moins c'est ce-qu'elle avait toujours pensé. Elle ne s'expliquait pas pourquoi il est parti à toute allure, alors qu'elle avait besoin de lui, ni pourquoi il rejoignait une autre fourmi, qui ne demandait rien car elle était en bonne santé, pouvant marcher tout à fait normalement. Tout d'un coup elle réalise quíl l´a quittait pour de bon et c'est comme si le toit de la fourmilière lui tombait sur la tête..D'autres fourmis, la voyant ainsi laissée pour compte, se moquent d'elle:
_Regardez les mecs, celle là avec sa patte cassée, n'est plus bonne à rien, elle va devoir nous laisser rapidement! S'exclame une jolie fourmi, en la montrant du doigt. "On va l'appeler Pattecassée", ça lui va comme un gant! En disant cela elle se laisse aller aux rires, suivie par toutes les autres fourmis qui regardaient Pattecasée.
Quelques heures plus tard, Pattecassé était toujours au même endroit, et fourmi n´était venu lui apporter ni eau ni nourriture. Elle se sentait affaiblie, ses forces la quittaient peu à peu, elle ne croit plus à l'aide: "Tant pis, je resterai là le temps qu'il me faudra, si je résiste encore quelques heures sans manger!"
A ce moment, alors que le désespoir envahissait son coeur, une étrange fourmi l´approcha et lui donna un morceau de sucre, disant:
-Mange, cela te donnera de forces. Je t'aiderais ensuite à te réléver et nous irons ensemble dans la partie Basse, là-bas nous sommes toutes comme toi. Nous avons des pattes cassées, voire bien pire que ça!!!
Pattecassée prend le sucre. Aidée par cette nouvelle amie, elle la suit, laissant derrière elle, sans régret, ses anciennes copines et son compagnon, qu'elle aimait tant.
Elles avançaient lentement vers cette nouvelle galerie, quand Pattecassée voit venir dans leur direction, un attroupement de fourmis estropiées, toutes plus moches les unes que les autres. Elles crient à pleines gorges, "de l'aide, de l'aide !! une malade arrive, il nous faut la transporter !!!"
Malade? qu'est-ce que ce mot voulait bien dire? Pattecassée ne l'avais jamais entendu auparavant. Pourquoi on s'adressait à elle en l'appelant de la sorte? "Je ne suis pas Malade, je m'appelle Pattecassée" dit-elle aux autres fourmis venues porter le brancard.
Parmis toutes celles qui étaient là, l´une attirait d'avantage son regard. Elle se déplaçait bizarrement avec un minuscule morceau de bois attaché à son corps.
-Je sais que tu es étonnée de savoir que nous existons, ici bas ! Là Haut il n'y a pas de fourmis comme nous car dès qu'un pépin vous arrive, vous êtes transportées chez nous et on vous soigne. Il n'y a pas de malades en Haut.
Pattecassée comprend alors qu'il y avait une autre fourmilière en bas, et que les blessées, ne pouvant plus porter leurs charges, étaient vite évacuées pour ne pas déranger le bon fonctionnement de la fourmillère
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-Ils s'en fichent de savoir comment nous allons, seulement les valides, en bonne santé, ont le droit d'être la Haut...
Mais, ne t'inquiète pas, nous allons te soigner, il est même possible que tu guérisses un jour.
-Et si je guéris, je pourrais remonter avec les autres ? Demande PAttecassée..
-Non, ta place est prise, dit la fourmi, en baissant le regard pour ne pas croiser celui de Pattecassée, emplie de tristesse.
-C'est comme ça, tu sais, c'est la vie, et nous ne pouvons rien contre cette fatalité.
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Les jours avancent et les fourmis viennent à plusieurs s'occuper de Pattecassée. Il y en a une qui vient pour la soigner, l'autre qui vient pour la nourrir et l'aider à se doucher, et une autre qui vient pour bavarder avec elle, dans l'intention de la distraire. Le temps semble bien long à passer, quand l'on est immobilisée, une patte dans le plâtre, elles savent très bien que si le moral est bon, Pattecassée guérira plus vite.
L'hiver est toujours là, elle ne voit plus l'heure de pouvoir remarcher et mettre son nez hors de la chambre. Elle pensait souvent à son compagnon qui, depuis l'accident, ne l'avait pas revue. Parfois elle se sentait seule, en manque de son affection.
-Qu'est ce que tu sais faire en plus de transporter des charges? Lui demande sa copine de bavardages.
-Pas grand chose car je travaille beaucoup. Il est vrai que parfois je voudrais bien m'arrêter un peu, mais cela nous est interdit, et je dois, comme les autres suivre mes supérieurs.
-Et qu'est ce que tu ferai si tu pouvais choisir autre chose dans ta vie?
-Je serais conteuse, j'adore inventer des histoires que j'aimerais raconter à d'autres. Je crois que cela pourrait nous aider à nous reposer de notre travail et...
Elle est interrompue par Bavarde, qui, faisant un bond de sa chaise lui annonce :
-Qu'elle merveilleuse idée tu as eu là, sache que nous aimons les histoires et que je pense bien qu'il y aura de la place pour toi et ta nouvelle vocation parmi nous. Je vais de ce pas proposer ton idée à notre chef.
C'est ainsi qu'elle quitte Pattecassée. Bavarde pense qu'il serait possible, dans un premier temps, de faire asseoir la malade dans un fauteuil, posé sur un caillou, et appeler les autres fourmis handicapées à venir l'écouter. Certaines pourraient même apporter leurs tricots avec elles, ce serait plus agréable de le faire au son d'une jolie histoire. La chef des fourmis est séduite par l´idée et fait venir Pattecassée.
-Alors, comme ça on t'a trouvé une occupation ? C'est très bien pour toi et pour nous, je crois que tu auras un bon public pour tes histoires. J'ai hâte de voir tout ça en place.
Pattecassée est ravie de sa nouvelle fonction au sein de la fourmilière, et demande à commencer ses veillées dès le lendemain.
Toutes les fourmis sont appelées à rejoindre Patecassée le soir, autour de son fauteuil, sur le caillou. Elle s'apprêtait à démarrer une carrière de conteuse et pour cette occasion elle avait écrit une superbe histoire.
Aidée par Bavarde, qui l'installe sur le fauteuil, d´un geste élégant elle repositionne ses lunettes au bout du nez, chasse le "chat" de sa gorge en regardant loin devant elle, et prononce la première phrase de son nouveau
conte. Elle leur raconta l'histoire d'un "Merveilleux Accident", dont elle avait été victime, que fini par l'amener dans la galerie du Bas, à la place qu'elle occuperai desormais auprès de cette partie de la population de la fourmilière.
A la fin de son histoire le public applaudissant, en coeur, demanda " une autre, une autre !"
Depuis ce soir Pattecassée le rejoint, tout les jours, à la même heure, sur son fauteuil perché en haut d'un caillou. Elle raconte des histoire à toute les fourmis des galeries du Bas. Finalement, elle avait bien guérie de ses blessures, et restait avec ses nouvelles amies et son public, qui adorait la voir dans ses veillées.
Pendant quelques temps elle a voulu revoir son ex - compagnon, elle était curieuse de savoir comment il allait. Parfois, quand elle entendait du bruit dans les escaliers en bois, elle pensait que ce serait lui venu rendre visite. Mais cela ne s'est jamais produit. Par contre, il a appris par ouïs dire, qu'une fourmi conteuse très marrante, animait des soirées dans la galerie du Bas. Un soir, Il était venu voir, et découvrit qu'il s'agissait de Pattecassée. A la fin de la veillé, il a voulu l'approcher, mais empêché par le public qui l'entourait pour la saluer, il s'est contenté de la regarder de loin.
Pattecassée pensait à lui, par fois, avec tendresse, la même qu'elle lui avait témoignée durant leurs années de vie commune. Elle croyait que s'il était venu la voir malade elle aurait pu guéri plus vite. Et elle avait toujours envie de lui caresser la patte et de lui faire des bisous.
Le temps a passé et Ils ne se sont plus du tout rencontrés, Pattecassée ignorait sa présence dans la foule, lors de ses fameuses veillées. Petit à petit ce vieux compagnon devint un lointain souvenir.
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Une belle année s'est écoulée depuis la première veillée, et dans la galerie du Bas on ne parle que de la fête en hommage au mariage de Pattecassée. Elle avait trouvé un nouveau compagnon dont elle était très amoureuse, et qui, à son tour, la comblait par son amour. La fourmilière avait préparé la plus belle cérémonie que l´on puisse imaginer, digne d'une fourmi conteuse. On lui a confectionné une superbe robe de mariée et un délicieux gâteau. Durant une journée entière les fourmis ont vécu dans l'agitation de ce mariage, si important aux yeux de tous.
Pour leur lune de miel Pattecassée et son mari sont partis faire un grand voyage, rempli d'aventures, à la surface de la fourmilière, qui inspirerait de nouvelles histoires à la conteuse, ramenées dans sa minuscule besace. Pattecassée de cette façon aura accompli un rêve qu´elle berçait depuis très longtemps...
Qui vivra saura
si Pattecassée
fut heureuse
ou pas...